La fondation du Pioch Pelat, une demeure du XIXème accueillante dans un parc cerné d'une zone urbaine en constante progression... Par les fenêtres du rez-de chaussée la lumière donne toute leur légèreté aux œuvres de Charlotte-Agnés Dugauguier et la nature vibrante de l'extérieur dialogue avec celle que l'artiste agence en formes poétiques.
Les plumes des goélands ont perdu leur lame et la ligne élégante de leur axe, leur tige,  devient une écriture aérienne, entre  apostrophe et virgule, vol groupé dans un azur à la blancheur éclatante.
 
La végétation dessine des lignes, propose des rythmes, opère des ruptures, ces trésors ignorés l'artiste les ramasse dans le secret de quelques fossés. Tout est question de regard, d'attention portée à la nature elle-même artiste. C'est de cette interpellation que semble naître le travail de Charlotte Dugauguier, un glanage buissonnier qui réveille les sens et met en alerte la créativité.
A l'atelier le butin est magnifié. L'or, le cuivre alchimisent les éléments, les relient,  les brodent. L'aiguille qui pique le papier et le troue vient, comme  l'insecte qui attaque la feuille de l'arbre, tracer des cosmogonies que les spirales de pétales ou de graines d'herbe réalisées par l'artiste nous révèlent.
C'est l'infiniment, du plus petit au plus grand, du plus proche au lointain, de la nature à l'artificiel… le lichen, devient rouge, et mute en algue. Les petites branches, qui pourraient être d'asphodèles ou autres plantes de sécheresse, deviennent l'écume. La feuille glanée sur le bord du sentier se révèle nuit étoilée.
Les éléments et les songes se mêlent, des coïncidences, des réciprocités s'établissent entre la nature et l’œuvre d'art. On s'approche de l'affirmation de Penone pour qui, créer une sculpture est un geste végétal.
 
Nous sommes là face aux mystères que la nature nous révèle sans cesse, l'éternel retour, la différence dans la répétition,  l'élégance dans la destruction....
Il ne s’agit pas de rendre hommage à la beauté complexe de la nature ni de rivaliser, mais plutôt de tenter de renouer avec la source de son énergie créatrice, d’y participer. Il y a comme une simplicité, une évidence dans ce jeu de leçon de choses, qui fait que lorsque l'on rentre adulte dans l'exposition, on en ressort enfant.
 
 
Micheline Simon
Agrégée d'arts plastiques
le 15 05 2021
 
michelinesimon3@gmail.com